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Au bois de Vincennes, We Love Greenwashing

Le greenwashing c’est cette tartufferie consistant à repeindre en « vert » un propos, un projet, une pratique, une action, une manifestation n’ayant rien d’écologique. Baptisé carrément We Love Green – plus c’est gros, plus ça passe –, un festival de musiques contemporaines va, comme chaque année, investir le bois de Vincennes, dans sa partie ouest, les 5, 6 et 7 juin. Festivaliers foulant son sol par milliers, déluge de décibels, projecteurs trouant le ciel : c’est la mort annoncée de la faune vivant dans cette partie du bois, à commencer par les oiseaux, en pleine période de nidification. Curieuse conception du green

Le banquier d’affaires Mathieu Pigasse, qui a racheté le festival en juillet 2025, le sait pourtant : de l’Arena-Bercy au Stade de France, les lieux ne manquent pas, à Paris, pour l’accueillir. Ce festival est adoré des jeunes à juste titre car sa programmation fait vivre toute la diversité des musiques contemporaines. Mais pourquoi s’obstiner à le produire en plein bois ? Il est vrai que la mairie de Paris, propriétaire du bois, n’étant pas hostile à sa disneylandisation – dont elle encaisse les bénéfices – on voit mal pourquoi il se gênerait. Mais on croyait que la gauche – dont il se réclame, comme le maire de Paris – portait une attention particulière à l’écologie…

Au nord du bois, c’est un autre danger qui menace : le projet d’extension de la ligne 1 du métro. Lequel nécessiterait le « déclassement » de six hectares du bois, soit l’abattage de milliers d’arbres, la pollution de la nappe phréatique et, là aussi, la mort probable d’espèces animales pourtant protégées.

Pourquoi associer ces deux mauvais coups portés au bois, l’un, We Love Green, déjà effectif depuis plusieurs années, l’autre, le métro, encore en suspens ? Parce qu’ils posent une question politique, au sens noble du terme : quel avenir voulons-nous pour l’un des deux poumons verts de Paris, où des millions de personnes viennent se ressourcer chaque année ? Restera-t-il un havre de nature, où les familles amènent leurs enfants découvrir les écureuils dans les branches, les cols-verts et les hérons cendrés sur ses quatre lacs et ses kilomètres de ruisseaux ? Ou deviendra-t-il définitivement un Luna Park aux portes de la capitale, où le béton, au nord, et les manifestations tapageuses, à l’ouest, auront fait disparaître toute vie ?

Philippe Le Corroller
À lire sur halteligne1.fr/?lien=b121
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