« Soleil vert » et bois de Vincennes
C’est un film-culte, que tous les bons ciné-clubs (comme celui de Laura, à Vincennes) projettent régulièrement. « Soleil vert », décrit le monde totalitaire qui nous attend, si nous ne savons plus tempérer la froide raison par la sensibilité. Un film kantien, en somme, qu’Hannah Arendt aurait sans doute adoré. Et l’actuel débat sur la création d’un « droit à mourir » lui redonne une actualité… glaçante.
De mémoire – le film date de 1973 – une scène est particulièrement puissante : à celui qui doit mourir, on projette… des images superbes du monde tel qu’il était « avant » ! Ciel bleu, rivière, vent dans les arbres, chant des oiseaux et musique de Beethoven : la mort cool, en réalité virtuelle, que demander de plus ?
Faudra-t-il, en 2050, aller au cinéma pour profiter du bois de Vincennes tel qu’il existait encore en 2026 ? Coupes inconsidérées, expérimentations hasardeuses de replantation, manifestations tapageuses type We Love Green : il est déjà sérieusement malmené et promis à devenir une sorte de Disneyland, d’où les animaux qui l’habitent auront été chassés. Et le coup fatal lui sera porté, si Île-de-France Mobilités obtient qu’on en « déclasse » une partie pour y creuser la tranchée d’une extension de la ligne 1 du métro. Laissez passer la modernité, au diable les chênes centenaires, les écureuils et les petits oiseaux !
« Soleil vert » nous aura pourtant prévenus…
