2050 au bois de Vincennes
Les Parisiens arrivant par la ligne 1 du métro descendent à la station Château-de-Vincennes, empruntent la sortie numéro 6 et sortent devant le café Le terminus, le bien-nommé. Sur le trottoir, le kiosque à journaux a été remplacé par une superbe boutique de verre et d’acier de la Régie autonome des transports parisiens, où on leur loue des casques de réalité virtuelle et des écouteurs.
Empruntant la route du Donjon et laissant à leur gauche le bac à sable et le manège en bois, miraculeusement préservés au sein d’un îlot de verdure soigneusement entretenu, ils arrivent… sur une immense ferme de panneaux solaires ! Île-de-France Mobilités (IDFM) ayant enfin obtenu en 2028 l’autorisation de déclasser les six hectares nécessaires pour y creuser, sur 700 mètres de long et 40 mètres de large, la tranchée d’une extension de la ligne 1, a poussé la logique de son projet jusqu’au bout : tant qu’à faire de créer un îlot de chaleur dans le bois, autant récupérer celle-ci.
Là où le bois avait parfaitement réussi, au fil des siècles, le fameux trio magique chênes/hêtres/charmes, là où Invictus, chêne apparu sous Louis XV et labellisé Arbre remarquable de France s’élevait jusqu’à 30 mètres de haut1, la modernité à triomphé. Et, bien sûr, là où les enfants s’émerveillaient des sauts des écureuils et leurs parents du chant de la mésange, du geai des chênes ou du pic-épeiche, le silence s’est installé.
Par bonheur, rien de grave pour nos promeneurs, qui branchent alors casques et écouteurs, pour retrouver ces temps anciens. « Nous avons la réalité virtuelle pour ne pas mourir », écrivait Nietzsche, philosophe intelligemment récupéré par IDFM.
- « Labellisation du chêne Invictus - Bois de Vincennes », Protection Arbres et Faune - PAF, Facebook, 15 septembre 2024, facebook.com ↩︎
