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274 arbres « seulement » à abattre dans le bois de Vincennes

Île-de-France Mobilités (IDFM) hésite entre trois tracés pour son extension de la ligne 1 du métro, laquelle doit traverser la partie nord-est du bois de Vincennes. Publiée sur le site web du Parisien ce vendredi 3 juillet (et demain en sortie papier), cette information1 a, bien sûr, incité le collectif Touche pas à mon bois (TPAMB) à en savoir plus. Un proche du dossier lui a apporté un complément d’information capital : « Quel que soit le scénario retenu, le nombre maximum d’arbres à abattre ne dépassera pas 274 ». Précision qui appelle plusieurs réflexions :

  1. Imaginons que ce chiffre de 274 soit exact. On ne « compense » pas par des replantations, qui mettront plusieurs décennies à remplir le même office – captation du CO2, fourniture d’oxygène, régulation de la température – des arbres matures, ayant au minimum une cinquantaine d’années. Notamment Invictus, chêne de 280 ans et de 30 mètres de haut, labellisé Arbre Remarquable de France2 et les 130 chênes, tout aussi magnifiques, qui l’entourent3. L’éventrement du bois ainsi programmé provoquerait un énorme îlot de chaleur, pour au moins une génération. Est-ce vraiment opportun, alors que l’avenir nous réserve probablement des canicules à répétition ?
  2. Ce chiffre de 274 prêterait à sourire, s’il n’était à pleurer. Cette partie du bois est particulièrement dense, occupée par le trio magique chênes/hêtres/charmes. Ceux-ci et tous les arbustes qui les entourent forment un écosystème : ils se tiennent les uns, les autres, par les racines et la canopée. Pour le collectif TPAMB, plusieurs milliers d’arbres sont, en réalité, menacés par ce chantier. Paris étant propriétaire du bois, qu’en pense son maire, Emmanuel Grégoire ? Lors de la campagne électorale de mars dernier, n’a-t-il pas émis le vœu « qu’aucun arbre ne soit coupé dans le bois de Vincennes » à l’occasion de ce projet ?
  3. Les dégâts ne se limiteraient pas aux arbres. Quid de la nappe phréatique, alors que l’Autorité environnementale avait pointé, dans son rapport du 19 mai 20214, les risques de « remontées » intempestives et de pollution ? Et quid de la faune, cette partie du bois abritant près de 200 espèces protégées, végétales et animales ?
  4. La désinvolture de madame Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, qui se contente de renvoyer le collectif TPAMB au préfet de la Région Île-de-France, pose question : y a-t-il un pilote dans l’avion de la dite « Transition écologique » ?
  5. Curieuse « Concertation préalable », tout de même : sans le travail très professionnel des journalistes du Parisien, et l’indiscrétion de notre source personnelle, on ne saurait toujours rien du mauvais coup qui se prépare. IDFM ne publie toujours pas les « études complémentaires » auxquelles il fut renvoyé en 2022, lorsque le ministre des Transports refusa d’accorder à ce projet la nécessaire Déclaration d’utilité publique5, au vu du désastre ainsi programmé dans le bois. IDFM se concertant… avec IDFM, c’est ça le débat démocratique ?
  6. Enfin peut-on oublier que ce projet a subi trois désaveux officiels en 2022… qui sont toujours valables ! Notamment celui du Secrétariat général pour l’investissement, pour « bilan socio-économique négatif »6. Peut-être monsieur Roland Lescure, ministre de l’Économie, pourrait-il le retrouver dans un tiroir de Bercy ? Alourdir de 2,5 milliards la dette du pays7, pour un projet aussi foireux, est-ce bien opportun ?
  7. Évidemment, tout ça ne peut qu’inciter le collectif TPAMB à lancer, ces prochains jours, une nouvelle pétition (celle de 2022 atteignit 68 944 signatures8… contre 1 766 pour celle des partisans du métro9). Et à préparer, pour la rentrée, une nouvelle manifestation (trois marches dans le bois en 2022). Ce projet d’un autre âge, inutile puisque des alternatives existent et désastreux pour l’environnement, constitue, en prime, un formidable gaspillage d’argent public. Le pays a-t-il vraiment besoin de ça ?
Philippe Le Corroller

  1. « Prolongement de la ligne 1 du métro à l’est : ces trois options pour épargner (ou presque) le bois de Vincennes », Théo Uhart et Gérald Moruzzi, Le Parisien, 3 juillet 2026, leparisien.fr ↩︎
  2. « Labellisation du chêne Invictus - Bois de Vincennes », Protection Arbres et Faune - PAF, Facebook, 15 septembre 2024, facebook.com ↩︎
  3. Plan de repérage des 130 chênes du bois de Vincennes situés sur le tracé du prolongement, réalisé par le collectif Touche pas à mon bois, halteligne1.fr ↩︎
  4. Avis délibéré no 2021-24 de l’Autorité environnementale sur le prolongement de la ligne 1 du métro parisien jusqu’à Val de Fontenay (93-94), 19 mai 2021, igedd.developpement-durable.gouv.fr (archive↩︎
  5. Décision de Clément Beaune, ministre délégué chargé des Transports, relative au prolongement de la ligne 1 du métro de Vincennes à Val-de-Fontenay, 14 décembre 2022, ecologie.gouv.fr ↩︎
  6. L’avis du SGPI n’est pas public, mais ses conclusions sont connues : il est défavorable au motif que les «bénéfices [du prolongement de la ligne 1] restent trop modestes au regard du coût du projet », touchepasamonboisdevincennes.fr ↩︎
  7. « Prolongement de la ligne 1 du métro entre Château de Vincennes et Val de Fontenay », Commission nationale du débat public, debatpublic.fr (consulté le 12/06/2026) ↩︎
  8. Pétition « Touche pas à mon Bois », collectif Touche pas à mon Bois, Change.org, lancée le 19 octobre 2021 et toujours ouverte, change.org ↩︎
  9. Pétition « Pour les transports de l’Est Parisien : mobilisons-nous », association Metro Rigollots Val de Fontenay, Change.org, aujourd’hui clôturée, change.org ↩︎
À lire sur halteligne1.fr/?lien=b155
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