Greenwashing ou tartufferie : deux mots pour un mal. Exemple au bois de Vincennes…
Selon la génération à laquelle vous appartenez, l’un ou l’autre de ces deux mots vous vient à l’esprit pour qualifier la pratique consistant à repeindre en « vert » une action s’avérant, en réalité, nocive pour l’environnement. Impossible de ne pas y penser devant la relance, en 2026, du projet d’extension de la ligne 1 du métro, qui avait été arrêté en 2022, au vu du désastre environnemental programmé dans le bois de Vincennes1 : le « déclassement » de six hectares du bois, soit l’abattage de « quelques centaines d’arbres ». Car les deux principaux arguments des partisans du métro ne résistent pas à l’analyse :
Premier argument : un transport en commun est forcément bon pour l’environnement puisqu’il dissuade les automobilistes de prendre leur véhicule. Désolé, mais si on raisonne en bilan carbone global, c’est faux en ce qui concerne cette extension de 4,8 kilomètres, avec la création de trois gares.
D’abord, le métro roule à l’électricité, énergie qui, pour l’instant encore, est loin d’être « propre » : 50 à 60 g de CO2/kWh. Ensuite, l’exploitation des rames et des stations produit des particules fines et participe à la formation de gaz à effet de serre. Enfin, comme l’avait d’ailleurs reconnu Île-de-France Mobilités (IDFM) en 2022, le report modal prévu sur cette zone, c’est-à-dire le pourcentage d’automobilistes qui abandonneraient leur véhicule au profit du métro est estimé à 6,5 %2. Résultat, lui aussi reconnu par IDFM en 2022 : le bilan carbone du projet, calculé sur 30 ans, serait négatif, à hauteur de 3 300 tonnes de CO23. Ce n’est pas rien.
Deuxième argument des partisans du métro : nous n’abattrons « que quelques centaines d’arbres » et nous compenserons par des replantations. Là on se moque (restons poli) carrément du monde ! Si au trio chênes/hêtres/charmes, vous ajoutez les arbustes en sous-bois, c’est en milliers d’arbres qu’il faut compter. Tout un écosystème. Et on ne remplace pas des arbres matures et sains par des jeunes pousses qui mettront au moins 30 ans avant de remplir le même office.
Enfin, IDFM se garde bien d’évoquer deux autres dégâts. D’abord la mort probable des écureuils, geais des chênes, pics épeiches, chouettes hulottes et aux espèces peuplant cette partie du bois. Ensuite l’atteinte de la nappe phréatique à cet endroit se répercutera sur l’ensemble du bois : on ne va pas nous refaire le coup du nuage de Tchernobyl, qui s’arrêtait à la frontière !
Alors, greenwashing ou tartufferie, si ce projet vous semble contestable, merci de participer à la marche dans le bois du dimanche 11 octobre, co-organisée par Touche pas à mon bois et l’association A.R.B.R.E.S Remarquables. Et, en attendant, merci de signer et partager notre pétition.
- Décision de Clément Beaune, ministre délégué chargé des Transports, relative au prolongement de la ligne 1 du métro de Vincennes à Val-de-Fontenay, 14 décembre 2022, ecologie.gouv.fr ↩︎
- Dossier d’enquête préalable à la déclaration d’utilité publique, Pièce E : Étude d’impact, Chapitre 5 : Description des incidences notables du projet sur l’environnement et des mesures envisagées, Préfet de la région Île-de-France, Région Île-de-France, IDFM et RATP, 2021, page 178, portail-idfm-projets.cdn.prismic.io (archive) ↩︎
- ibid., page 232 ↩︎
