Métro dans le bois de Vincennes : lettre à la ministre de la Transition écologique
Permettez au collectif Touche pas à mon bois d’attirer votre attention sur le désastre environnemental menaçant aujourd’hui l’un des deux poumons verts de Paris : le bois de Vincennes. Pour y faire passer une extension de la ligne 1 du métro, Île-de-France Mobilités (IDFM), l’opérateur de transports de la Région Île-de-France, réclame le « déclassement » de six hectares du bois1, soit l’abattage de milliers d’arbres.
Ce projet a pourtant subi, en 2022, un refus du ministre des Transports de lui accorder la nécessaire Déclaration d’utilité publique, lequel a renvoyé IDFM à « des études complémentaires »2. Celles-ci effectuées – mais non communiquées au public – IDFM revient à la charge aujourd’hui : le 12 janvier, la Commission nationale des débats publics a décidé l’ouverture d’une Concertation préalable concernant ce projet3, prélude à une nouvelle Enquête publique.
Le désastre environnemental programmé est pourtant évident : tranchée de 700 mètres de long sur 40 mètres de large, deux tunnels, une zone de maintenance, le puits de sortie du tunnelier, un chantier de huit ans. Dans une zone couverte du trio magique chênes/hêtres/charmes. L’un de ces chênes, Invictus, haut de 30 mètres de haut et âgé de 280 ans, étant labellisé Arbre Remarquable de France4. Peut-on raisonnablement imaginer qu’un tel séisme serait sans conséquences irréversibles sur le reste du bois et sur les animaux qui y vivent ?
Ce projet est d’autant plus aberrant que son bilan carbone est négatif. Le report modal prévu – pourcentage des automobilistes qui renonceraient à utiliser leur véhicule sur la zone – n’étant que de 6,5 %5, l’exploitation du métro, calculée sur trente ans, dégagerait 3 300 tonnes de CO2e supplémentaires. Quant à la démarche ERC (Eviter/Réduire/Compenser) qu’IDFM met en avant pour justifier la relance de son projet, c’est une mauvaise plaisanterie : de jeunes pousses mettraient plusieurs décennies à remplir le même office que des arbres matures. Entretemps, le chantier aura créé – pour plusieurs décennies, lui aussi – un îlot de chaleur au cœur du bois, particulièrement malvenu en ces temps de canicule à répétition.
Madame la ministre, le Président de la République a fixé au pays un objectif de neutralité carbone pour 2050. Peut-on raisonnablement penser que provoquer un tel désastre écologique dans le bois de Vincennes participe de cette démarche ?
- Dossier d’enquête préalable à la déclaration d’utilité publique, Pièce E : Étude d’impact, Chapitre 5 : Description des incidences notables du projet sur l’environnement et des mesures envisagées, Préfet de la région Île-de-France, Région Île-de-France, IDFM et RATP, 2021, page 80, portail-idfm-projets.cdn.prismic.io (archive) ↩︎
- Décision de Clément Beaune relative au prolongement de la ligne 1 du métro de Vincennes à Val-de-Fontenay, ministère chargé de l’environnement, 14 décembre 2022, ecologie.gouv.fr ↩︎
- Décision d’organiser une concertation préalable relative au projet de prolongement de la ligne 1 du métro de Château de Vincennes à Val de Fontenay et de ses ouvrage annexes (75, 93, 94), Commission nationale du débat public, 12 janvier 2026, no 2026/3/LIGNE 1 VAL DE FONTENAY/1, NOR CNPX26, debatpublic.fr (archive) ↩︎
- « Labellisation du chêne Invictus - Bois de Vincennes », Protection Arbres et Faune - PAF, Facebook, 15 septembre 2024, facebook.com ↩︎
- Dossier d’enquête préalable à la déclaration d’utilité publique, op. cit., page 178 ↩︎
