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Au bois de Vincennes, claquer l’héritage

La Palice ne nous démentirait pas : s’il faut « déclasser » six hectares du bois de Vincennes pour y faire passer un métro, au prix de l’abattage de milliers d’arbres, c’est que ce bois est classé.

Jean-Michel Derex nous l’apprend, dans son excellente Histoire du bois de Vincennes (L’Harmattan) : dès le XIIème siècle, avec Louis VII, et pendant près de six siècles, le bois fut terrain de chasse des rois de France, qui l’avaient entouré d’un mur. Le château, à proximité duquel on projette d’entailler le bois sur 700 mètres et de creuser le puits de sortie d’un tunnelier, fut d’abord un simple pavillon de chasse, puis un manoir flanqué d’un donjon, puis une forteresse-palais, centre de la vie politique du royaume. C’est sous Louis XV que sortit de terre Invictus, ce chêne pédonculé de 30 mètres de haut, labellisé Arbre Remarquable de France1, au pied duquel, en ce moment et jusqu’au 16 mars, Île-de-France Mobilités procède à des carottages, pour analyser la composition des sols promis à ses excavatrices.

Bien sûr, le bois n’a pas manqué d’être aménagé depuis que l’ingénieur Adolphe Alphand, dépêché par Napoléon III, en fit un lieu de détente pour les Parisiens. En le dotant notamment de quatre lacs et d’un réseau de ruisseaux, grâce à une station installée sur le plateau de Gravelle, qui pompait l’eau de la Marne, trente mètres plus bas (elle vient aujourd’hui de la Seine, pompée à la hauteur de l’Arsenal). Champ de courses, INSEP, Garde Républicaine, Université éphémère, Cartoucherie, terrains de sports : la surface boisée représente aujourd’hui à peine 450 hectares sur les 970 de l’entité administrative Bois de Vincennes. Mais justement : est-il bien opportun de lui porter aujourd’hui un nouveau coup ?

Faut-il continuer à claquer l’héritage des rois de France, comme si le réchauffement climatique ne rendait pas particulièrement précieuse la chênaie magnifique dont les arbres ont été répertoriés un par un par les militants de Touche pas à mon bois ? Et, la Ville de Paris étant propriétaire du bois, qu’en pense notamment la candidate au poste de maire, Rachida Dati, bien placée pour comprendre l’importance patrimoniale de ce bois, elle qui fut ministre de la Culture ?

Philippe Le Corroller

  1. « Labellisation du chêne Invictus - Bois de Vincennes », Protection Arbres et Faune - PAF, Facebook, 15 septembre 2024, facebook.com ↩︎
À lire sur halteligne1.fr/?lien=b62
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