Au bois de Vincennes : moutons, mutants, mutins
Retoqué en 2022, le projet d’Île-de-France Mobilités (IDFM) de prolonger la ligne 1 du métro parisien, au prix du « déclassement » de six hectares du bois de Vincennes — soit l’abattage de milliers d’arbres1 — est pourtant relancé : une Concertation préalable est ouverte depuis le 12 janvier2, dans le but d’une nouvelle Enquête publique. Bien sûr, les opposants se mobilisent à nouveau pour la Saison 2 de ce mauvais feuilleton. Lequel illustre, de la part de ses scénaristes, une incompréhension manifeste de l’évolution de la société française sur 25 ans à l’égard des problèmes d’environnement : nous sommes passés de l’ère des moutons à celle des mutants puis des mutins.
Moutons. Lorsqu’au début des années 2000, IDFM décide d’interconnecter le métro avec les RER A et E, dans l’est parisien, après avoir écarté l’option ligne 9, car pas encore dotée de rames pilotées par ordinateur et de portes automatiques, la ligne 1, déjà automatisée, est choisie. Et l’on trace une belle courbe sur la carte du bois de Vincennes, avec l’autorité des sachants en matière de transports. Personne ne moufte.
Mutants. Voilà que les Français, au fil de ces premières années 2000, prennent peu à peu conscience du rôle déterminant des arbres pour la vie. Ils captent le CO2, ils régulent la température, ils abritent toute une faune, ils seraient même notre premier atout dans la lutte contre le réchauffement climatique. Dans tout l’Hexagone, des associations environnementales commencent à s’agiter. Mais pas en région parisienne : comme IDFM polit son projet en n’informant que les seuls élus locaux, lesquels « oublient » de répercuter l’info à la population, personne ne moufte.
Mutins. Patatras : en 2021, IDFM est bien obligé de lancer le processus légal de l’Enquête publique. Et tout le monde se réveille ! Création du collectif Touche pas à mon bois de Vincennes, pétition recueillant 70 000 signatures3, Avis défavorable de deux administrations : le ministre des Transports, dans sa grande sagesse, refuse au projet la nécessaire Déclaration d’utilité publique et renvoie à des « études complémentaires »4. Les ayant effectuées — mais pas publiées ! — IDFM remet donc le projet sur les rails, quatre ans plus tard. Et nous repartons tous pour un tour, promoteurs du projet et opposants !
Question idiote, sûrement idiote : si IDFM avait complété son équipe avec un ou deux sociologues, voire — soyons fous — d’authentiques sachants en matière d’environnement, n’aurait-on pas évité tout ce gaspillage d’énergie… et d’argent public ?
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Avis et conclusions motivées sur l’enquête publique unique préalable à la déclaration d’utilité publique (DUP) relative au projet de prolongement de la ligne 1 du métro parisien valant mise en compatibilité des documents d’urbanisme (MECDU) des communes de Paris (75012), Vincennes (94300) et Neuilly-Plaisance (93360), tribunal administratif de Melun, 11 avril 2022, no E21000031AP/77, val-de-marne.gouv.fr (archive) ↩︎
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Décision d’organiser une concertation préalable relative au projet de prolongement de la ligne 1 du métro de Château de Vincennes à Val de Fontenay et de ses ouvrage annexes (75, 93, 94), Commission nationale du débat public, 12 janvier 2026, no 2026/3/LIGNE 1 VAL DE FONTENAY/1, NOR CNPX26, debatpublic.fr (archive) ↩︎
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Pétition « Touche pas à mon Bois », collectif Touche pas à mon Bois, Change.org, lancée le 19 octobre 2021, change.org ↩︎
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Décision de Clément Beaune relative au prolongement de la ligne 1 du métro de Vincennes à Val-de-Fontenay, ministère chargé de l’environnement, 14 décembre 2022, ecologie.gouv.fr ↩︎
